Ce matin, rendez-vous au Centre de Santé social rue Marcadet avec un dermatologue. Ce rendez-vous a été pris il y a un mois car il y n'y a que deux matinées de consultations par mois. On m’a appelé hier pour me rappeler mon rendez-vous à 9h10. J’arrive et on m’envoie patienter en salle d’attente. Jusque là tout va bien. Puis arrive une dame avec une petite fille, un monsieur avec un petit garçon, encore une dame avec ses deux enfants. On se regarde et on se demande nos heures de rendez-vous. La 1ère à rendez-vous à 9h, les deux autres ainsi que moi à 9h10. Pendant cette conversation, un couple est arrivé ayant rendez-vous à 9h30. Il est 9h20 et le médecin n’est toujours pas là !

La moutarde me monte au nez, je vais rendre mon dossier et au guichet on s’étonne de mon départ. Je leur demande si elles trouvent normal que 3 personnes aient obtenu un rendez-vous à 9h10. Je parle fort et on me demande d’aller vers un endroit plus isolé, je refuse en bloc en exprimant le fait que tout le monde est concerné par ces pratiques. De plus, 10 minutes, c’est à peine le temps de se déshabiller et se rhabiller chez le médecin. Comment peut-on imaginer un examen décent dans ces conditions ? Comment peut-on supposer que ce soit des conditions acceptables de soins ? Est-il normal que les gens se battent pour se faire leur place, est-il normal de les faire attendre ? La réponse c’est qu’ils n’ont pas les moyens, que je n’ai qu’à me plaindre à la Mairie, écrire à François Hollande, et que de toute façon 1 personne sur 2 ne vient pas au rendez-vous. Oui Madame, forcément quand on traite les gens comme du bétail, ils n’ont pas envie d’avoir de la considération et du respect non plus. Les gens qui sont là me sourient quand je sors, soulagés que quelqu’un ose dire tout haut ce qu’il subisse tout bas.

Car il y a un constat que je fais déjà depuis que je me m’intéresse au non-respect de la sectorisation des écoles de la Goutte d’Or (pour résumer les gens qui ont les moyens intellectuels et financiers partent dans le privé ou du côté du bon 18ème, une fuite estimé par la Mairie à 80% des classes socioprofessionnelles supérieures). Personne ne dit rien, il est anormal de parler d’élite mais il est tout à fait normal de laisser s’installer le ghetto. Pourquoi ? Tout simplement parce que les plus pauvres n’ouvrent pas leur bouche, laissant ainsi commodément à penser qu’ils ne souffrent pas de la situation. S’ils ne le font pas c’est parce qu’ils ont d’autres priorités, d’autres besoins à combler d’abord (voir pyramide de Maslow). Et aussi parce que contrairement à ceux plus « aisés » qui n’hésitent pas à manifester et interpeller la presse pour éviter à leurs enfants d’être scolarisés sur la Goutte d’Or et quitte à surcharger des classes jusqu’à 36 élèves (avec l’accord de la Mairie), les pauvres ne connaissent que leurs devoirs et très peu leurs droits.

pyramide_maslow


Pour le Centre de Santé, c’est pareil. Moi, je me suis donné le choix. Je vais aller payer entre 60 et 80 Euros dans le privé mais j’aurai un véritable accès au soin et pas une médecine au rabais. La médecine à deux vitesses existe, c’est un exemple. Ceux qui sont les élus de notre république n’auront jamais à subir cela, leur salaire leur permet d’aller voir un médecin normal et de se payer une mutuelle. Il y a une émission ce soir qui s’appelle « Ta mère en 6ème », je me suis dit que le concept serait excellent à faire vivre au Ministre de l’Education. 2 semaines au Lycée Clémenceau mon pépère. Et aussi « Ta mère au Centre Social » pour la Ministre de la santé, 2 semaines au CMU avec le diabète, une mycose et une bonne pulpite enchainé sur 2 semaines en tant qu’infirmière à Bichat ou travailleuse social dans une association pour femmes battues avec 2 enfants.

Le jour où les politiques vivront avec ou comme les classes sociales les plus défavorisés, ils prendront des mesures justes.

Photo0621