Blog de Séverine Bourguignon

21 juin 2018

ALLER (OU PAS) AU COMMISSARIAT

Ce soir, sur la friche de La Table Ouverte, en nouant des sacs de riz autour d’un panier en osier, la femme qui est venue me donner un coup de main me confie qu’elle redoute de rentrer chez elle. En effet, depuis quelques jours, un homme l’appelle à partir de 22 heures plusieurs fois par soirée. Il lui dit des grossièretés et quand je la questionne, elle précise que ce sont des grossièretés à caractère sexuel. Que l’homme parle un arabe égyptien. Elle est marocaine et reconnait son accent qu’elle a du mal à comprendre. L’homme sait qu’elle vit seul. Ces 3 derniers jours, il l’a appelé 46 fois. Elle dit qu’elle travaille tôt le matin, que c’est son portable qui lui sert de réveil et qu’elle ne peut pas éteindre son réveil car elle a trop peur de ne pas se réveiller et de perdre son emploi. Elle commence à avoir peur de ne pas pouvoir dormir, elle commence à avoir peur. Elle a essayé de lui parler et de lui dire de ne plus appeler et elle ne comprend pas qu’il continue de la harceler.  Une autre femme présente sur place lui explique qu’elle doit bloquer le numéro car l’homme n’appelle pas en numéro masqué.

Avant de bloquer le numéro, je l’incite à aller au commissariat. Elle est réticente. Tout de suite, elle me dit qu’ils (les policiers) ne vont pas vouloir la recevoir. Je lui propose de l’accompagner. Elle accepte et nous partons dans la foulée de la friche pour le commissariat.

A l’entrée du commissariat, deux jeunes hommes viennent vers nous pour savoir ce qui nous amène. Elle leur explique. Ils lui disent qu’elle doit changer de téléphone. Comme une fin à cette histoire. J’interviens. Pourquoi c’est à elle, la victime, de changer de téléphone ? Pourquoi est-ce à elle de faire un effort, de changer sa vie et ses repères alors que son harceleur fait sa vie tranquille ? Et s’il cesse de l’appeler elle, il va en appeler une autre ? Mes répliques nous donnent un sésame pour pénétrer dans le commissariat.  Ma camarade me dit : « tu vois, heureusement que tu étais là parce que moi toute seule, je ne serai pas rentrée ! »

A l’intérieur un peu le même topo. Au départ, il y a un des 2 agents à la réception qui nous dit qu’eux aussi (les policiers) reçoivent des appels anonymes, que leur institution ne fait rien pour les aider alors que nous c’est pareil, si ce n’est pas grave pour eux, ce n’est pas grave pour nous.

Je lui réponds que je ne vois pas bien le rapport. Il essaie ensuite de nous dissuader avec les mêmes arguments que ces camarades de l’entrée (changer de portable) et comme ce ne sont pas des menaces, mais juste des propos à caractère sexuel, ça ne peut pas faire l’objet d’une plainte et pas sûr que ça puisse faire l’objet d’une main courante. Je glisse aussi que je sais que la police a beaucoup de travail et qu’il y a sans doute un ordre de gravité mais que c’est une femme qui vit seule, que l’homme le sait, qu’elle se sent insécurisée, qu’elle ne veut pas changer de numéro de téléphone. Ok pour une main courante. De nouveau, elle me regarde : « ah quoi ça sert alors le commissariat ? ».

En parallèle, je gère un Erythréen et sa sœur qui s’est fait voler son sac à La Poste en allant retirer des documents envoyés par un avocat. Il parle anglais mais pas l’agent. Je fais la traduction simultanée en gérant la sœur qui est très bouleversé et son frère avec.

Sans trop attendre, le plaintier (j’ai demandé ce que c’était, c’est le policier qui prend la déposition) nous reçoit. Ca dure très peu de temps et quand je lui demande ce que l’on peut faire avec cette  main courante et si le numéro du harceleur va être identifié, il répond que rien ne peut être fait et nous parle brièvement du profil psychologique du harceleur, et du harceleur téléphonique, qui va appeler quelqu’un d’autre une fois qu’elle va avoir bloqué son numéro.  

Nous ressortons en même temps que les Erythréens mais on a du mal à trouver la sortie. Les deux agents dehors se marrent sans venir nous ouvrir. Quand nous sortons enfin, ils nous disent que pourtant il y avait bien écrit SORTIE sur la porte. Je leur réponds que venir au commissariat n’est pas anodin et met les gens dans un état émotionnel particulier générant ce type de comportement désorienté.

Ma partenaire me remercie chaleureusement. Elle est heureuse d’avoir fait la démarche. Elle me redit qu’elle est consciente du fait que sans moi elle n’aurait jamais obtenu ce document et je le constate aussi. Elle va pouvoir bloquer le téléphone de son harceleur et dormir tranquille ce soir. Elle dit que lorsqu’elle est victime, comme c’est difficile de faire les démarches, alors elle préfère rester tranquille chez elle et sortir le moins possible.

Alors il parait que les commissariats ne peuvent pas refuser le dépôt de plainte, c’est sûr mais la dissuasion marche très bien. N’y-a-t-il pas un peu trop de désinvolture et d’usure de la part certains fonctionnaires de police à l’égard du vécu des personnes qu’ils reçoivent ? Quelle protection assure notre société aux femmes ? Et lorsque dans mon quartier en particulier, on se questionne sur la place de la femme dans l’espace public, je pense qu’il y a dans cette expérience une clé.

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20 juin 2018

ANTRE / 23 juin sur la friche

Ce samedi sur la friche de La Table Ouverte, un beau programme vous attend

De 10 à 11 heures, chants de l'ANTRE avec la musicienne et chanteuse Daisy Bolter.
Ces chants accompagneront la déambulation des ANTRES pendant la fête de la Goutte d'Or. Rejoignez-nous !
Les chants ont été composés par Daisy à partir de paroles recueillies pendant des ateliers à la friche. 

De 16h30 à 18h, atelier yoga et arts plastiques sur le thème "à la rencontre du souffle".

A 18h30, contes de l'ANTRE avec la conteuse Danièle Valentin.

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07 juin 2018

PORTES D'OR 2018

Les Portes d'Or commencent demain à 18 heures ! Le projet ANTRE vous attend sur la friche de La Table Ouverte (angle rue des Poissonniers et rue Polonceau) - Atelier 22 sur le plan.

Le vendredi 8 juin à 18h30, venez vous installer pour écouter les contes de l'Antre ou contes à frémir avec la conteuse Danièle Valentin.

Le samedi 9 juin, contes pour les petits de 15h30 à 16h30 avec les conteuses Danièle Valentin et Catherine Bonheur (de Ressac Volontariat)
Atelier créatif parent-enfant (en binôme) à 16h45.
Préparation à la déambulation des ANTRES avec la musicienne et chanteuse Daisy Bolter à 17h30.

Le dimanche 10 juin, contes pour les petits de 15h30 à 16h30 avec Danièle Valentin (conteuse) et Marie Guillot (flûtiste).
Atelier créatif collage pour adultes à 16h45.
A 17h30, venue de la chorale Repetika, chants polyphoniques avec la cheffe de choeur Tania Pividori.

Plan portes ouvertes 2018

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28 mai 2018

ANTRE / En mouvement

Pour la 1ère sortie d'un ANTRE, la graphiste Caroline Franc a filmé ces quelques images qui vous permettent de découvrir à quoi ressemble et comment bougent ces structures dont je vous parle depuis un mois ou deux.

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25 mai 2018

ANTRE / Appel à déambulation

Le projet ANTRE s'achèvera par un défilé du village des ANTRES pendant la fête de la Goutte d'Or le samedi 30 juin 2018.

Pour construire cette déambulation, j'ai invité la musicienne Daisy Bolter à concevoir la mise en sons et en mouvement de cette déambulation. Nous vous proposons de nous suivre dans cette expérience artistique sur quelques séances de préparation allant de la recherche pour créer les chants au défilé du samedi 30 juin.

Tous les ateliers ont lieu sur la friche de La Table Ouverte (angle rue des Poissonniers et rue Polonceau). 
Le 1er rendez-vous est un rendez-vous d'écriture la semaine prochaine pour le contenu des chants avec 2 dates possibles : 
mardi 29 mai de 14h30 à 15h30 OU mercredi 30 mai de 17h à 18h

Consulter le lien Goutte d'Or en fête (ci-dessous) pour avoir toutes les informations.

Projet « Antre »

LE PROJET " ANTRE " / appel à participation Dans le cadre du projet " Antre " l'artiste Séverine Bourguignon recherche 15 participants pour les faire défiler (costumes fabriqués à partir de matériaux de récupération)! Une déambulation en musique, accompagnée de la chanteuse et musicienne Daisy Bolter, est prévue lors de la fête, le samedi 30 juin...

http://gouttedorenfete.wordpress.com

 

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21 mai 2018

ANTRE / De l'imagination à la réalité

Quand on monte un projet, surtout en arts visuels, il est indispensable de pouvoir montrer à quoi ressemblera le "produit fini". 

La première étape est la maquette ou le dessin. L'artiste dessine, réalise sur ordinateur ou en volume (je pense aux architectes et aux scénographes) ce à quoi ressemblera la création finale. Il extrait ce qu'il voit dans sa tête. Carrèment magique d'avoir la capacité de passer du neurones au papier ! 

Ensuite viendra la création véritable qui confrontera l'artiste à la matière, au matériaux, à la gravité, aux contraintes de poids, d'expoisition, de transport, de stockage, etc....

Pour le projet ANTRE, j'ai pu dessiner ma "vision" mais ensuite quand il fallait expliquer le projet dans son ensemble, le vendre, je me retrouvais beaucoup à dire "j'imagine que...". J'ai beaucoup du imaginer : imaginer comment les structures passeraient de costumes à habitats, imaginer comment il serait possible de laisser d'autres participer à la fabrication sans perdre l'idendité artistique de départ, imaginer avec quels matériaux je pourrai construire les structures, avec qui j'aller les construire...

Il y a une grande part d'aléatoire, de laisser-faire, de faire avec dans ce projet. Je vois (à l'intérieur de moi) où je veux aller mais c'est parfois difficile sans avoir rien de concret à montrer d'expliquer à d'autres. Ma facilité à communiquer, mon expérience et une certaine force de conviction m'ont aidé. En effet, il y avait beaucoup de choses à l'intérieur de ma tête, à extraire de mon imagination. 

A présent que le premier ANTRE, l'ANTRE de wax, existe et qu'il marche (en cabane et en costume), tout est beaucoup plus simple. Il me reste encore à faire découvrir et à découvrir moi aussi l'ANTRE tout blanc et l'ANTRE à écailles d'or. Je ressens le léger frisson de la peur, cette peur saine, la part du risque nécessaire, le frémissement du défi qui me fait sentir que je suis vivante et capable de donner vie. Et cette peur est totalement effacée par la curiosité, le désir, la nécessité de voir naître ces nouvelles créatures.

Ci-dessous l'ANTRE de wax tel que je l'avais dessiné quand tout était encore dans ma tête et sa réalisation "en chair et en os".

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18 mai 2018

LA GALERU / Les étapes de l'installation DOLORES

La 1ère étape fut la constitution d'un dossier et la réalisation d'une maquette pour présenter mon projet d'installation à La Galeru (ci-dessous).

facade interieure (version 2)

Après validation du projet par Frédéric Lemoine qui dirige La Galeru, voici les étapes "réelles" de montage de l'installation DOLORES à La Galeru (Fontenay-sous-Bois).

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Séverine Bourguignon

19 mai 28 juin La violence conjugale est multiforme. Souvent taboue, les chiffres sont pourtant là pour en rappeler son ampleur. Elle ne constitue pas un fait isolé ou un " accident " dans une relation de couple. En 2016, 123 femmes et 34 hommes ont été tués, victimes de ces violences conjugales.

http://lagaleru.fr


http://lagaleru.fr/severine-bourguignon/

 

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11 mai 2018

ANTRE / Home Sweet Mômes

C'est avec un immense plaisir que je vous annonce qu'Home Sweet Mômes - le café itinérant des enfants de 0 à 16 ans - participe à la fête de la friche de La Table Ouverte ce dimanche de 13 mai de 14h00 à 18h00. 

Nous vous attendons nombreux petits et grands !

Friche et Home Sweet Momes

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07 mai 2018

ANTRE / Atelier du mercredi matin

Ce mercredi 9 mai, je vous attends à la friche de la Table Ouverte (Angle rues des Poissonniers et Polonceau / Paris 18e) à partir de 8h45 autour d'un café ou d'un thé pour vous proposer une visualisation créatrice. 

Qu'est-ce que c'est la visualisation créatrice ?
C'est une technique proche de la méditation ou de la relaxation. Elle vous permet d'accèder à votre univers intérieur, à votre imaginaire. Elle peut être utilisée pour revenir à l'instant présent, renforcer un projet ou un sentiment positif. Plus concrètement, vous fermez les yeux et vous vous laissez guider à travers des sensations, des images, une histoire par la voix de votre intervenante. 

C'est simple, doux, accessible, ouvert à tous. Il n'y a qu'à se laisser porter par la voix de votre intervenante.

Je vous propose de vous initier avec bienveillance et bonne humeur.
Pensez à prendre une petite laine pour ne pas avoir froid car votre corps restera immobile le temps de la visualisation.

Je vous attends tous les mercredis qui suivent jusqu'au 20 juin inclus pour vous faire découvrir ma pratique à travers des ateliers créatifs. Ces ateliers sont gratuits !

Visualisation

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ANTRE / UTOPIA 56

Jeudi dernier, par le biais d'une amie, un groupe d'une quinzaine de jeunes mineurs isolés accompagnés par quelques bénévoles d'UTOPIA 56  sont venus passer l'après-midi dans la friche de la Table Ouverte (Angle rues des Poissonniers et Polonceau / Paris 18e)sur le projet ANTRE. Ils ont décousu des sacs de riz qui servent à fabriquer le "tablier" des ANTRES.

Cela fait, chacun a poursuivi à son envie. Certains ont profité du havre de paix urbain que représente la friche pour écouter de la musique et discuter. D'autres ont continué le travail de couture en assemblant des chutes de tissus wax pour les fanions qui orneront le tablier d'un ANTRE. Et pour finir, un petit groupe a été initié à la pétanque par ma voisine Laurence.

Un changement de perspective bienvenu pour ces jeunes. Quelques uns d'entre eux, ont dormi dans la rue dans le quartier de la Goutte d'Or avant d'être pris en charge. Et aussi une posture valorisante que d'être celui qui rend service plutôt que celui qui demande. 

UTOPIA 56 a été créée en janvier 2016 pour encadrer le bénévolat qui se déployait alors sur la jungle de Calais. L’association a ensuite géré le premier camp humanitaire de France dès son ouverture à Grande-Synthe près de Dunkerque puis a soutenu le Centre Humanitaire de la Porte de la Chapelle à Paris. Avec 7 000 adhérents à ce jour, UTOPIA met à l’abri des mineurs isolés, aide aux distributions de nourriture, sacs de couchages, et accès aux soins (hospitalisations), tant à Paris qu’à Calais. UTOPIA 56 intervient dans plusieurs autres régions de France (Quimper, Toulouse, Lille, Saint Brieuc, Lyon etc.). 

Pour ceux qui voudraient en savoir plus sur l'association et les missions qui peuvent être réalisées, consultez le site UTOPIA 56.

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