Il y a quelques années de cela, je me suis rendue à Beaubourg pour la journée de la déficience visuelle. Lorsque je suis arrivée, on m’a demandé si j’étais déficiente visuelle. J’ai répondu par la négative et la question est tombée : « Que faites-vous ici alors ? ». Je suis restée saisie, et puis j’ai répondu que je ne savais pas que pour participer à Beaubourg il fallait absolument être déficient visuel, que le sujet m’intéressait, que j’avais fait mon mémoire sur la ONCE (Organisation Nationale des Aveugles en Espagne), que j’étais curieuse d’apprendre comment on abordait l’art autrement…On m’a dit de patienter et que s’il restait de la place, je pourrai participer. Il y a eu de la place et j’ai vraiment apprécié.

En ce moment, je travaille sur les 5 sens avec une enseignante d’école maternelle sur une classe à PAC (Projet Artistique et Culturel). Evidemment, je me suis dis qu’une visite tactile et sonore comme je l’avais faite à l’époque serait idéale. J’appelle la responsable « handicapés » de Beaubourg pour lui demander comment procéder pour qu’une classe maternelle puisse suivre le parcours « déficients visuels ». Elle est très touchée par ma requête, elle la trouve fort à propos et tout à fait justifiée compte tenu de mon sujet mais elle me dit que malheureusement cela sera tout à fait impossible. En effet, elle me laisse entendre que ce volet est en déclin, en voie de disparition. Elle rencontre de plus en plus de difficultés à obtenir des autorisations pour toucher les œuvres, qu’on lui réclame de justifier ses actions à un point si poussé qu’il en est dissuasif. Elle manque de moyens et dit que la crise n’arrange guère ses affaires. La crise est depuis quelques années l’argument facile aux pires inepties.

Pourtant je croyais que notre société essayait d’améliorer l’accessibilité des handicapés ? Je pensais qu’il s’agissait d’une priorité ? Je croyais qu’un lieu comme Beaubourg qui communique sur ce sujet avait un service adapté et pas un miroir aux alouettes. En fait, l’audio guide sert plutôt aux touristes qu’aux aveugles ou malentendants. Un outil qui a de belles années devant lui puisqu’il présente de bonnes perspectives commerciales.

Le Louvre a une section tactile dont on m’a dit du bien. Un espace avec des reproductions d’œuvres a été crée où l’on peut toucher sans craindre d’abîmer ou de salir. J’ai cru comprendre qu’il y avait 15 œuvres à toucher. Si c’est exact, est-ce bien suffisant ? Ce dispositif a le mérite d’exister, mais c’est bien chiche comparé  à la dimension exceptionnelle du lieu et à sa fréquentation.

Les musées nationaux ne manquent pas de moyens. Il faut être honnête, c’est un choix ! Les handicapés, c’est comme les pauvres ça ne gueule pas (voir article du 9 octobre) ! Ils ne vont pas défiler, ni faire grève, et n’ont pas de moyens de pression sur les acteurs économiques et politiques.

En Espagne, la ONCE a trouvé la parade en quelque sorte. La ONCE est une loterie nationale dont une majeure partie des bénéfices est reversée à des institutions, projets, primes professionnelles, bibliothèques, ouvrages centrés sur le handicap…Les ramifications de cet organisme sont incroyables et la ONCE impose ses objectifs par le pouvoir de l’argent. (Un petit bémol toutefois sur les suspicions de lien avec l’Opus Dei et de pratiques mafieuses). A quand un prélèvement obligatoire pour le handicap sur les recettes de la Française Des Jeux ?

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