MASQUES DE L'ANTIQUITE
Sur janvier et février 2014, j'ai mené un projet artistique et culturel au Collège Charles Péguy dans le 19ème arrondissement de Paris. Le thème m'avait été donné par l'enseignante de latin à l'initiative de ce projet : masques de l'antiquité.
La dernière fois que j'ai fait ce type d'intervention, c'était pour des enfants en moyenne section de maternelle. Je suis passé d'enfants de 5 ans à des adolescents de 14 ans. Quelque soit l'âge, ce qui est intéressant, c'est d'établir un lien entre la pédagogie (le programme scolaire) et l'art. Le résultat, c'est plus de plaisir et par conséquent plus de facilités d'apprentissage. En 10 heures d'intervention par classe, chaque élève a produit 3 masques avec, à chaque fois, des techniques de moulage ou de modelage différents. L'enseignant et moi travaillons ensemble à la construction des séances mais aussi pendant les séances.
Le collège, c'est un âge difficile où les jeunes sont en devenir. Toutes ces questions, toutes ces pulsions, toutes ces contraintes. Et franchement, même moi, en entrant au collège, je trouve qu'il n'y a pas de quoi rêver. Le manque d'espace, le moche ambiant (mobilier, mur...), les difficultés morales de tous - mêmes des profs - qui transpirent, le manque de lien avec le monde adulte. J'ai eu l'impression de tomber dans un monde de désillusion. Ce n'est peut être pas comme ça dans tous les collèges non plus...
J'ai connu moi aussi mes petits tracas de plasticienne. Pas facile d'intervenir en modelage avec des plages de 50 minutes sans temps de mise en place ni de nettoyage, pas facile de travailler sans point d'eau, pas facile de n'être remunéré qu'au nombre d'heures d'intervention et de devoir travailler bénévolement pour les nombreuses heures de préparation et de construction de l'intervention, de gestion et commande du matériel. Pas facile de faire face à la machine administrative avec de bizarreries à tous les étages et des paiements à 30 jours minimum pour les honoraires comme pour les 750 Euros de matériel avancés sur mes deniers personnels, gloups!
Je me suis pourtant estimée chanceuse tout ce temps d'être adulte et capable de me débrouiller avec mes propres ressources. Je n'avais pas à montrer mon carnet de correspondance pour qu'on m'ouvre la grille du collège, pas d'heures de colle, pas de devoirs, pas d'interros surprises, pas de cartable trop lourd, pas de bagarres dans la cour, pas de prof trop sévère ou trop déprimé, pas de cours inadapté, pas de parents à qui rendre des comptes.
Le résultat de mon intervention est bien concret avec environ 120 masques qui peuplent les armoires du fond de la classe et seront exposé d'ici la fin de l'année. Mon coup de coeur, c'est ce duo de masque (coque de papier mâché moulé sur terre crue) réalisé par un binôme de filles qui avait choisi de réprésenter Ulysse et Pénélope (Ulysse en lion-cerf et Pénélope en renarde).
