J'ai découvert le principe de l'autolouange grâce à Isabelle Fryss, une amie gestalt-thérapeute. Lors d'une session de formation, elle nous fait participer à un atelier de kasàlà.

Le kasàlà est une forme d’expression pratiquée un peu partout en Afrique sub-saharienne consistant à se valorise, à se célébrer soi-même de façon métaphorique, poétique, humoristique. C'est une technique, développée par  Jean Ngo Semzara Kabuta (https://www.kasala.be/), est un véritable outil de travail sur l'estime de soi.

On peut lire sur Wikipédia qu'en psychologie, l’estime de soi est un terme désignant le jugement ou l'évaluation faite d'un individu en rapport à sa propre valeur. Imaginez le curseur d'une jauge d'estime qui bougerait sur une échelle allant du plus haut (ce que l'on accomplit de valable) au plus bas (ce que l'on accomplit de contraire à nos valeurs).

eloge jauge

L'estime de soi, au delà du concept, c'est la façon dont on se perçoit, dont on perçoit ses compétences, ses mérites, ses qualités, ce que l'on peut apporter aux autres et au monde, ce que l'on aime faire et que l'on sait bien faire. Ce sont là des facteurs internes à l'individu.

Il y a évidemment des facteurs externes constitués en grande partie par la reconnaissance des pairs, des parents ou de l'environnement social, professionnel, familial, amical. Une bonne question à se poser et de savoir si votre estime dépend de vous (interne) ou des autres (externe).

Cette année, ayant à intervenir auprès de collégiens dans le cadre d'un projet artistique et culturel, j'ai décidé de faire cet exercice d'autolouange. J'ai d'abord proposé aux élèves de faire l'éloge d'une personne ou d'un personnage qu'ils admiraient ou qui les inspirait. L'étape suivante était de trouver 15 qualificatifs positifs en partant de ce que chacun pouvait dire de lui et de ce que les autres (amis, professeurs, parents) pouvaient dire de lui.

Cela nous permettait d'aborder le travail d'éloge avec des adjectifs pouvant facilement se transformer en superlatifs, comparatifs ou métaphores poétiques et grandioses. Mais là, choc ! Tous trouvaient facilement des qualificatifs négatifs mais pour les positifs....silence radio. Quand j'ai demandé qui avait du mal à trouver des choses positifs, les 3/4 des mains de la classe se sont levées. C'est à cet endroit exactement que je suis heureuse de faire mon travail.

Comment transformer quelque chose qui nous parait négatif en quelque chose de positif? 
Et par extension comment faire des forces de ses faiblesses? Pour "nerveux", nous avons trouvé "attentif" ou "appliqué", pour "bavard" --> "curieux" ou "généreux", pour "impatient" --> "enthousiaste" ou "motivé", pour "énergumène" --> "original".

Pour les "Madame, si je mets des compliments sur moi, j'ai l'impression de me vanter", j'ai pu dire que ça me paraissait étonnant dans notre société que l'on se retrouve gêné de se valoriser alors que ça ne semblait pas poser de problème de se trouver insuffisant. C'est comme cette expression où l'on dit "t'es con" à une personne qui fait une blague drôle. J'ai toujours trouvé cela violent et je crois qu'on a beaucoup à gagner à dire "j'adore ton humour" à la place.

Pourquoi est-ce si difficile de faire un compliment? C'est de la pudeur diront certains mais je peux y voir une envie déguisée, un conflit irrésolu ou un enjeu de pouvoir larvé. Une façon, instinctive ou inconsciente peut-être, de garder chacun bien à sa place et si possible en dessous de nous.

Il y a eu aussi les éléves qui malgré les échanges, complètement pris par la force des injonctions négatives dont ils sont baignés à la maison et à l'école, ne sont pas parvenus à récupérer du bon en eux. J'ai pu dire à la classe qu'il ne me semblait pas acceptable qu'à 11-12 ans, ils ne soient déjà plus capables de trouver des choses chouettes à dire d'eux-mêmes.

Où est passé votre petit soleil intérieur, votre flamme, votre vitalité ? Votre enfance est-elle déjà morte ? Si l'on est déjà prisonnier d'une image négative à 10 ans, dans quel état d'enfermement et de souffrance est-on à 50 ?

eloge ou blâme

L'enseignant et moi n'avons rien lâché et chaque élève a pu trouver au moins 3 mots pour se définir (rappelez-vous qu'il en fallait 15). Nous avons alors pu passer à l'éloge. Les plus en difficultés ont pu profité des partages de leurs camarades à l'oral pour se réapproprier quelques vertus et se rééduquer à dire du bien de soi. Nous avons tous sentis la joie et entendu les rires jaillir à l'écoute de ces autolouanges. Tous ont été chaleureusement félicité pour leur travail et leur participation.

Pouvez-vous à travers cette expérience, vous rendre compte de l'impact de l'estime de soi sur la réussite scolaire ou encore sur la santé? Et vous, est-ce facile pour vous de trouver 15 qualificatifs positifs? Et vos enfants y arrivent-ils facilement ? Si ce n'est pas le cas, aidez-les à faire ce travail de récupération et à garder ces qualités vivantes au fil du temps ! Je ne surprendrais personne en disant que la qualité de relation avec les parents et la perception que ses parents ont de lui influencent énormément l'estime des enfants.

Je le reconnais, ça demande des efforts de se déconditionner du négatif, de changer de point du vue, de faire un pas de côté et ne pas accepter l'évidence sans se questionner. Entre éloge ou blâme, pour moi, et compte tenu de ce contexte, c'est tout choisi.
Louez-vous !