sLorsque l'on parle de théorie de l'attachement, le raccourci est souvent de dire "la mère" pour parler de la figure d'attachement, comme si elle était l'unique possibilité. 

Quid du père? Quid de l'autre parent lorsque l'on est dans une famille homoparentale? Ils sont en général relégués pour la place de figure secondaire au même titre que peuvent l'être une frère, une soeur, une nounou ou un animal de compagnie. Or on sait que si la mère est "indisponible", parce qu'elle est trop fatiguée par la grossesse et l'accouchement par exemple ou parce que devenir mère n'est pas si simple ou instinctif que l'on veut bien le croire, alors l'enfant va se tourner vers l'autre parent, celui qui est disponible pour répondre à ses demandes. Si l'enfant est encore jeune (moins de 2 ans), il arrive même qu'il change de figure d'attachement à la naissance d'un autre enfant s'il rend la figure d'attachement indisponible.

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Les savoirs sont parfois transmis sans être questionnés à la lumière des évolutions sociales. Les écrits d'un auteur comme Winnicott, qui a permis une évolution incontestable, datent des années 50, un temps où le rôle de la femme était différent des perspectives actuelles. Les fonctions indispensables à la croissance et au bon développement de l'enfant sont appelées "les fonctions maternelles" (holding, handling, object presenting) et si Winnicott prend en compte le rôle du père, c'est plutôt comme une sorte d'auxiliaire de la mère. Il ne s'agit pas de l'accuser de quoi que ce soit mais simplement de dire que ses théories sont le reflet de son époque. Je vous invite à lire l'article "la question du père chez Winnicott" d'Igor Tchernicheff.

La société évolue. J'ai pu le constater avec joie en lisant le numéro spécial "L'attachement, un lien vital" de la revue Sciences Humaines qui fait état de ce rôle parental dans l'ensemble de son dossier.

attachement un lien vital

L'égalité homme-femme me semble passer par cette reconnaissance du rôle des pères. Evidemment, les femmes ont à comprendre qu'elles ne perdent pas leur place, qu'elles ne sont ni lésées ni inutiles quand le père prend le rôle de figure d'attachement. Le bébé fait d'ailleurs ce choix d'instinct, sans demander l'avis de ses parents, car c'est son développement et son bien-être qui priment.

A nous tous d'acter ces changements !