C'est le philosophe existentialiste danois Søren Kirkegaard qui, en 1844 dans Le concept de l'angoisse, a considéré pour la première fois qu'angoisse et peur étaient deux concepts distinctsEn réalité, on peut distinguer trois états psychologiques distincts : peur, anxiété et angoisse.

            Et vous, faites-vous une différence ?

            Le plus simple à comprendre, c'est la peur.

           Il s'agit d'une émotion éprouvée face à un danger ou une menace immédiate. On ressent de la peur devant un objet redoutable de l'environnement qu'il faut soit attaquer, soit éviter[1] (réactions de fuite, évitement ou combat).

          On parle aussi de peur externe puisque cette émotion a un objet, c'est à dire qu'elle se manifeste face à quelque chose de réel, dans une situation qui existe : voir une souris, traverser une forêt la nuit, se retrouver nez à nez avec à un cambrioleur...

            Dans le cerveau, c'est l'amygdale qui régit la peur et qui déclenche la production d'adrénaline entraînant l’augmentation du rythme cardiaque, l'écarquillement des yeux et la dilation des pupilles ou la chair de poule. Le cerveau est en mode automatique, un réflexe archaïque qui a sans doute permis à l'homme des cavernes de survivre face aux tigres à dents de sabre. C'est le circuit court de la peur, on parle de fractions de secondes.

            Il existe un circuit long de la peur, où amygdale et cortex communiquent et le cortisol s'ajoute à la production d'adrénaline. Dans tous les cas, il s'agit de réactions ayant pour fonction d'aider l'être humain à réagir face à un danger. L'exposition prolongée à la peur (abus, torture, répression...) cause de sévères dommages psychologiques.

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            L'anxiété est une expérience intérieure de l'organisme, sans référence directe à des objets extérieurs[2]. C'est une peur interne, une crainte diffuse et sans objet, une sorte d'appréhension confuse qui peut résulter d'une construction imaginaire, d'une situation qui n'existe pas mais qui est redoutée, la menace est incontrôlable et inévitable.

            L'anxiété est un état passager, qui n'est pas voué à durer. Lorsque l'anxiété s'installe ou devient chronique, avec une crainte permanente face à l'avenir et une appréhension systématique de l'imprévu, on parle de trouble anxieux généralisé (TAG) et une surveillance s'impose. L'état anxieux est associé à des troubles du sommeil, de l'irritabilité, de tensions et douleurs musculaires, une respiration haute, rapide et superficielle...

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            Et l'angoisse ?

            Anxiété et angoisse sont une anticipation de la peur, une peur conditionnée ou une préoccupation inquiète de l’avenir. Anxiété et angoisse ont la même racine latine signifiant rétrécissement, resserrement et par extension contraction involontaire de la poitrine. Les poumons sont pris en étau, la respiration s'interrompt, la bouche s'ouvre et se ferme sans parvenir à avaler d'air. Lorsque les symptômes d'anxiété deviennent particulièrement aigus, on parle de crise d'angoisse, d'attaque ou de trouble panique.

            La différence entre anxiété et angoisse sont les manifestations physiques et psychiques. L’angoisse est la forme exacerbée de l’anxiété. Pendant une crise d'angoisse, le sujet suffoque, est pris de sueurs, de palpitations et a vraiment l'impression de mourir ou qu'il va rester dans cet état pour toujours. Le terreau de l'angoisse est une exposition fréquente au stress et à l'anxiété.

            La différence entre la peur et l'angoisse est apportée par les neurosciences. En psychiatrie, l'attaque panique est une attaque de peur. Du point de vue neuroscientifique, la panique et peur sont deux émotions bien distinctes et ne sollicitent pas les mêmes circuits neuronaux : la peur répondant à une possibilité d'attaque alors que la panique correspond à une angoisse de séparation[3].


[1] PERLS, HEFFERLINE, GOODMAN, Gestalt-thérapie la technique, page 182

[2] Ibid.

[3] BELASCO F.,FRANCESETTI G., Le journal des psychologues, Perspective de la gestalt-thérapie sur la psychopathologie, Clinique des attaques de panique, p. 54


BIBLIOGRAPHIE

OUVRAGES

- GOODMAN  Paul, HEFFERLINE Ralph E. PERLS Frederick S., Gestalt-thérapie la technique, Les Editions Alain Stanké, Québec, 2001.

- LEMPERIERE Thérèse, Le trouble panique, Editions Masson, Paris, 1998.

REVUES

BELASCO Florence, FRANCESETTI Gianni, Perspective de la gestatl-thérapie sur la psychopathologie, Clinique des attaques de panique, page 52 à 57, Le journal des psychologues, n°359, juillet-août 2018, dossier La Gestalt.

WEBOGRAPHIE

- http://lecerveau.mcgill.ca/flash/a/a_04/a_04_p/a_04_p_peu/a_04_p_peu.html

- http://comprendrelapeur.e-monsite.com/pages/au-coeur-de-theme/qu-est-ce-que-la-peur.html

- https://photo.capital.fr/psychologie-13-astuces-pour-booster-son-cerveau-et-celui-de-son-equipe-29989#astuce-n-4-517782

- https://fr.chatelaine.com/sante/cortisol-lhormone-meconnue-du-stress/