Certains le savent déjà, je me forme pour devenir psychothérapeute et plus particulièrement Gestalt-thérapeute. J'ai passé 3 jours la semaine dernière à Champ-G, institut de Gestalt-thérapie de Roubaix, sur les racines de la Gestalt-thérapie qui n'est pas du développement personnel ni de l'art-thérapie mais un accompagnement global et en profondeur de la personne. Pourquoi connait-on si peu la Gestalt-thérapie en France, je me pose la question ? Ce que je sais c'est que la Gestalt-thérapie est la thérapie de la relation, du mouvement, qu'elle prend l'être dans sa globalité (corps, esprit) et qu'elle ne cherche pas à interpréter.

Pendant ces 3 jours, mon groupe a creusé vers les racines de la Gestalt-thérapie dont les fondements sont la Gestalt-théorie (ou Gestalt-psychologie), la psychanalyse (procédé d'investigation psychologique), la phénoménologie (étude des vécus de conscience) et l'existentialisme (courant philosophie de pensée).

C'est Isabelle d'Anjou qui a été notre formatrice. Pour l'entrée en matière sur l'existentialisme, elle nous a donné à lire un poème d'Antonio Machado et nous a demandé de prendre le temps de sentir ce que le poème suscitait en nous et quelles questions existentielles il soulevait. Vous pouvez aussi prendre ce temps. 

Marcheur, il n'y a que tes pas, 
Pour faire le chemin où tu vas, 
Marcheur, il n'est pas de chemin, 
Que celui que tes pas vont faire. 
Et quand tes pas font le chemin, 
Jamais plus tu n'emprunteras 
Le sillon qui déjà s'efface, 
Lorsque tu regardes en arrière 
Marcheur, il n'est pas de chemin, 
Mais des sillages sur la mer.

La première personne qui a pris la parole a fait d'un trait une magnifique synthèse des 4 grandes contraintes de l'existence :

- Liberté (et responsabilité)
- Solitude
- Finitude
- A quoi bon? (quête de sens).

Un Gestalt-thérapeute, Noël Salaté, y a rajouté l'imperfection (je ne suis pas parfait, les autres non plus et je ne peux pas tout faire).

J'ai fait ce parcours de lecture sensible et j'ai pu percevoir des résonances. Le "jamais tu n'emprunteras" m'est insupportable car j'ai trop entendu les "impossibles" dans mon enfance, dans ma vie d'étudiante, dans ma vie de salariée ou même de femme. Il y a des contraintes, je suis réaliste, mais il y a tellement de possibles. Et ce JAMAIS réveille en moi l'envie du combat, l'envie de dire à quel point rien n'est jamais perdu. 

Le groupe a partagé sur les retentissements du poème et les thèmes qui ont été abordés sont ceux des angoisses qui nous agitent le sommeil, qui nous torturent le corps, qui nous saisissent dès que le rythme quotidien vient à s'apaiser : vivre, mourir, choisir. Quand tout s'efface et qu'il ne reste plus rien, pourquoi poursuivre, pour qui peut-être? L'ambiance philosophique existentielle n'est pas gaie gaie, elle pèse dans les souliers du marcheur.

Pour ma part, sur le questionnement intérieur soulevé par le poème, j'ai très vite eu envie de vérifier ce que je comprenais en passant par mon langage : le visuel. J'ai donc pris les quelques feutres disponibles et j'ai laissé venir. J'ai commencé par un trait rose qui s'est prolongé par d'autres traits et d'autres couleurs. Une émotion est montée lorsqu'à la fin, la mer a progressivement recouvert les traits du chemin. Mais presque aussitôt...l'espoir.

Tout semble s'effacer mais à bien y regarder, il reste sous l'eau les vestiges, la trame de mon tracé. Soudain, j'ai compris et fait le lien avec les thèmes de mémoire et de traces qui sont si chers aux artistes. Il est en notre pouvoir de garder des choses actives (moments, Histoire, pensées), de laisser des marques de notre passage ou d'en faire ressurgir, de les faire remonter en surface, de les rendre visible. L'art est un moyen de le faire. Un moyen de témoigner de notre passage en tant qu'être humain et de notre expérience au fil des millénaires. C'est en tout cas un sens que peut avoir l'art et en tant qu'artiste, c'est en grande partie ainsi que je trouve du sens à ma vie. 

Mémoire et traces existentialistes_BD