SPOLIATION, c'est le titre du recueil de nouvelles illustrées que la classe de 3e4 du Collège Charles Péguy (Paris 19e) a produit cette année. Les élèves ont écrit et dessiné sur le thème du pillage des oeuvres d'art par les nazis sous l'Occupation. Sujet passionnant et très actuel avec la réapparition tout récemment d'un Modigliani dans les "Panama Papers". 

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Collage de Guilhem

SPOLIATION, est un projet dit "transversal" car il lie une enseignante d'histoire-géographie (Mme Arnoux), un enseignant de français (Mr Assedo) et un intervenant extérieur (moi, Mme Bourguignon, en ma qualité d'artiste habilitée par l'Académie de Paris à intervenir en milieu scolaire). Lectures, ateliers et films ont jalonné le projet en plus de la vingtaine d'heures d'interventions pendant lesquelles j'ai accompagné la classe, sur les heures de cours de Michel Assedo.

Cette année, SPOLIATION a permis à certains des élèves décrocheurs de la classe (qui constituaient un bon quart des effectifs) de ne pas décrocher totalement, de rester avec la classe, d'être valorisés parce qu'ils ont de l'humour, parce qu'ils ont un bon relationnel, parce qu'ils ont des idées que d'autres peuvent les aider à mettre en oeuvre ou parce qu'ils dessinent bien.

Ce qui fonctionne dans l'approche proposée, c'est :
- l'interaction des élèves entre eux, des élèves avec les enseignants, des enseignants avec l'intervenant. On échange davantage que dans les cours habituels puisque les élèves travaillent souvent à plusieurs et coopèrent. La communication n'est pas figée dans la configuration classique : émission(enseignant)-réception(élèves). 
- la mobilité. La classe n'est pas figée non plus dans l'espace car les groupes de travail changent selon la consigne. L'enseignant et l'intervenant se déplacent pour répondre aux besoins des élèves. Les élèves présentent aussi certains travaux devant la classe à l'oral.
- Partir des élèves. Qu'est-ce qui va leur plaire, les amuser, leur sembler facile, leur donner envie d'en savoir plus ? C'est une question de dosage et il s'agit de diluer les apports théoriques dans une solution ludique. Ma préoccupation est de proposer des "exercices" qui vont permettre aux élèves d'apprendre sans efforts (ou "souffrance"). De plus, les élèves votent pour sélectionner des histoires, ils votent aussi pour des visuels. Par exemple, la couverture du recueil n'est pas celle que j'aurai recommandée mais je respecte leur choix et de façon à ce qu'ils s'approprient et se responsabilisent sur leur production. 

L'année dernière, les 3e 2 avait réalisé un roman illustré : CONVOI 55, relatant l'histoire tragique de Thomas Fogel, ancien élève du collège, juif, résistant et mort en déportation. Ce roman est parvenu à Anna (sa fiancée de l'époque) et à leur fils (né en avril 1943) le jour des 91 ans d'Anna. Avec ce projet, les ingrédients de la réussite (niveau de la classe, thème du projet) étaient réunis dès le départ et le résultat a été excellent.

Cette année, les prognostics étaient très mitigés car la classe était difficile et le thème moins abordable, moins facile d'entrée, pourtant le résultat est tout à fait excellent. La réussite de CONVOI 55 pouvait être mise sur le compte de la chance mais avec SPOLIATION, on peut dire qu'il ne s'agit pas de hasard. C'est une méthode de travail qui fonctionne.

CONVOI 55 et SPLOLIATION existent parce que j'ai des partenaires et des financements. Il y a des enseignants comme Michel Assedo et Brigitte Arnoux qui aiment leur travail et leurs élèves et des chefs d'établissement comme Mme Bouffard qui octroient du budget à ces projets.  

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