Comme promis voici la suite pour laquelle je vais m'attarder sur le profil des participants et aussi sur l'intérêt de rencontrer ces pays des Balkans, européens de loin.

Ce sont tout d'abord de grands voyageurs. Jovanna Kolic qui a travaillé en Afrique du Sud, en Slovénie et veut rejoindre son frère à Berlin prochainement. Taida Jasarevic qui a vécu 10 ans au Japon et est marié à un anglais. Liewkhe Loth, hollandaise vivant près de Malaga où elle a une galerie. La plupart des artistes des pays des balkans ont résidé à la Cité des Arts à Paris et ils m'en parlent avec des étoiles dans les yeux malgré les efforts économiques que cela leur demande.

Roseaux de Struga II_BD

Ensuite, je dirai donc qu'en plus d'être globetrotters dotés d'un excellent potentiel relationnel, tous ces artistes sont des militants, des personnes ayant un grand sens de l'engagement.

Joyce Colon, l'américaine, était passé par un camp de migrants en Grèce avant de venir au Symposium.

Les artistes Macédoniens (Burhan Ahmeti, Baskhkim Mexhiti, Bajram Xhelili) ou Kosovars (Blerta Surroi, Mjellma Goranci Firzi, Eshref Qahili) sont nombreux à enseigner au lycée ou à l'université. La plupart se sont connus pendant leurs études d'art dans des temps de guerre. Ils nous ont raconté que les professeurs Kosovars passaient la frontière avec grande difficulté pour venir leur donner des cours et que toutes les nationalités frontalières se retrouvaient au même endroit pour apprendre. Puis l'enseignement artistique à l'université est devenu illégal et les artistes se rassemblaient dans un garage de Skopje pour y travailler jour et nuit en signe de protestation. Je vous retranscris ce que j'ai capté des conversations un peu en vrac mais la bobine mériterait d'être démêlée.

Taida Jasarevic, artiste bosniaque, spécialiste de l'impression sur papier avec qui j'ai fait le trajet Struga-Skopje en voiture, a profité des 2h30 de trajet pour me transmettre un résumé de son histoire. Elle trouve incroyable de voir Sarajevo si belle aujourd'hui alors que la ville était totalement dévastée en 1995. Pendant presque 5 années, alors qu'elle était adolescente, elle a vécu sous les bombes dans une cave et crevait de faim à se régaler d'une feuille de pissenlit. Des enseignants venaient faire classe dans des sous-sols de regroupement. Les cours étaient copiés en plusieurs exemplaires au papier carbone. Elle ne comprend toujours pas pourquoi ses parents n'ont pas quitté la ville pendant qu'il était encore temps. Elle en veut à son pays de continuer à faire de la ségrégation éthnique. Elle accuse aussi les instances internationales de fermer les yeux sur ces ingérences. Elle s'interesse à la façon dont une nation pardonne et reconnait ses fautes.

Le maire de Struga, ancien membre du parlement, Ziadin Sela (à côté de qui j'ai passé le déjeuner de clôture du Symposium) nous a aussi parlé des conflits éthniques qui existent en Macédoine. Il fait d'ailleurs l'objet de nombreuses controverses en défendant la cause albanaise qui représente 30% de la population et s'est opposé à son propre parti politique (qui est le parti d'opposition) en créant un nouveau parti (14.000 adhérents) en raison des problèmes de corruption. En ce moment, les manifestations anti-corruption sont quasi-quotidienne à Skoje.

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Ces pays des Balkans me semblent si loin de nous, en rade de tourisme européen, avec une démocratie encore bancale et une histoire qui ne nous parvient que si faiblement. Les rencontres artistiques sont une ouverture et un dialogue possibles.