Vendredi 17 octobre, je me suis rendue au Salon d'Automne qui se tenait sur les Champs Elysées pour assister à la conférence qu'y donnait Antonio Manfredi. Pour mémoire, il est le directeur du musée d'art contemporain CAM près de Naples et a brûlé des œuvres de sa collection permanente pour protester contre les coupes budgétaires de l'état italien (voir mon article du 23 avril 2012 sur le blog ou chercher CAM ART WAR).

Antonio Manfredi a rappelé brièvement la situation qui l’avait amené à prendre une décision aussi radicale que celle de brûler des œuvres d’art avant de laisser place au débat. Le directeur du Salon d'Automne a aussi pris la parole à plusieurs reprises, déviant du sujet de la conférence "l'autodafé des œuvres d'art comme ultime geste créatif" pour se plaindre des baisses de subventions, du manque de reconnaissance des artistes, de la concurrence du marché financier de l'Art Contemporain… Ses propos sont fondés mais ce discours, que je qualifierai de "misérabiliste" ne va pas beaucoup aider les artistes déjà souvent perçus comme des boulets pour la société.  Dire que les artistes sont malheureux ou qu’ils manquent de moyens est une chose, trouver des solutions pour se faire entendre en est une autre. 

Rien de brillant n’est sorti de ce débat, à part les convictions de Mr Manfredi. Ce dernier a réagi à des propositions qui lui étaient soumises par des prises de paroles dans le public. L’idée d’un collectif d’artistes lui a tout simplement parue dépassée et il préférait le mouvement spontané qui s’était constitué autour de son action, rappelant que nombreux avaient été les artistes à répondre favorablement à son appel mais plus nombreux encore ceux qui avaient refusé, ne voulant pas voir la valeur marchande de leur travail partir en fumée. Il a parlé d’un art IKEA au sujet de la spéculation faite autour des stars de l’art contemporain (Martin Hirst, Jeff Koons, Wim Delvoye, Paul MacCarthy). Je crois que ce qui m’a le plus marqué, c’est le rappel qu’il a fait à la salle, remplie en grande partie par des artistes exposants sur le Salon, qu’une œuvre d’art cesse d’en être une lorsqu’elle est créée pour séduire un public ou dans le but d’être vendue.

A côté de moi durant la conférence, se trouvait Stéfanie Appel, la toute 1ère journaliste à avoir écrit un papier sur le CAM ART WAR. Elle m’a dit qu’elle aussi avait eu le choix en tant que journaliste de faire un papier "facile" sur une exposition sponsorisée par une marque de luxe ou d’imposer à son rédacteur en chef un papier sur le combat du CAM d'Antonio Manfredi. J'aurai bien aimé que quelqu'un durant cette conférence, rende hommage aux journalistes. En effet, les journalistes sont les porte-voix de bien des causes, dont celle des artistes. Le Monde a publié deux longs articles sur la CAM ART WAR depuis 2012 ou encore un formidable papier cet été sur le statut des artistes non-intermittents (voir mon blog du 5 août 2014).  

Je ne l'ai pas fait lors de cette conférence, je le fais sur ce blog. Je salue les journalistes pour leur travail d'investigation, pour leur engagement et pour leur foi dans leur métier tout aussi difficile actuellement, sinon plus, que celui des artistes. Durant le Salon d'Automne, quelqu'un a demandé: "sans art, que devient une société?", moi je demande: "sans journalistes indépendants, que devient une société?".

denis robert

Denis Roberthttp://www.galeriew.com/artistes/denis-robert
Merci à Brigitte Batcave pour le choix et la photo de l'oeuvre.