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(Ce courrier est envoyé au Commissaire Clouzeau et à Daniel Vaillant).

Vendredi 2 novembre 2012. Ce matin, à la radio, j’avais entendu que 3 jeunes femmes étaient mortes piétinées dans un stade en Espagne lors de la fête d’Halloween. 15h30. Je pars avec ma belle-mère et mes deux filles de 2 et 4 ans prendre le métro à Château-Rouge. Dès l’entrée du métro, ça bouchonne. Nous sommes poussées dans les escaliers par les nouveaux arrivants et lorsque nous parvenons en bas, nous sentons que la foule se compacte. Que se passe-t-il ?

La rumeur circule dans des chuchotements à peine audibles. Les contrôleurs ! Comme ils sont là, certains font demi-tour, où essaient de faire demi-tour et pour ça, il faut forcer cette foule épaisse dans l’autre sens, d’autres essaient d’acheter un ticket à la machine, au voisin. Nous sommes entre 100 et 200 personnes entre les escaliers et la petite zone avant les tourniquets. Mes filles sont complètement englouties par la forêt de jambes, de manteaux, de parapluies, de bagages qui les entourent. Arrivées au milieu, la foule cesse d’avancer et là, je me mets à hurler d’ouvrir les tourniquets, que ça devient dangereux pour les usagers. Rien ne se passe. Je finis par me retrouver poussée devant le guichet où je hurle de nouveau à la femme qui s’y tient de faire quelque chose et qui hausse les épaules en signe d’impuissance. J’ai perdu ma belle-mère et mon autre fille de vue. Nous arrivons sur le tourniquet et là, je mets ma fille devant moi pensant qu’elle pourra se faufiler de l’autre côté, la pression de la masse derrière moi me fait chanceler. La borne ne marche pas et à 4 ans, ma fille ne passe pas dans le mince filet de battement de la porte qui assure la fermeture du tourniquet. Il nous faut rebrousser chemin et aller à la borne d’à côté. Sur 3 tourniquets, seuls 2 fonctionnent et rien n’indique que le 3ème est en panne.

Comment peut-on laisser une telle situation se produire ? Je n’ai qu’une envie, passer le portillon et aller crier ma panique aux personnes responsables d’avoir généré cette situation extrêmement dangereuse. J’aurais sans doute subi sans rien dire si mes enfants n’avaient pas été mises au milieu de tout ça, mais là, j’ai eu peur, très peur. Quand on connaît bien le quartier, on sait qu’à tout moment, une cavalcade au dehors risque d’avoir lieu, juste là, à quelques mètres de la bouche de métro et que les vendeurs à la sauvette, affolés par les forces de l’ordre peuvent s’engouffrer dans la bouche de métro pour chercher à leur échapper. Et c’est de ça que j’ai eu peur car comment éviter à mes petites filles d’être piétinées par la foule si une telle chose s’était produite?

Derrière les tourniquets, ils sont là, une dizaine : police, CRS et contrôleurs de la RATP. Ils ont l’air de trouver ça normal et lorsque je leur explose au visage, ils se contentent de dire que ce n’est pas possible de discuter avec quelqu’un d’hystérique. Alors voilà, une femme en colère est forcément hystérique. Ils n’ont pas cherché à comprendre, à regarder ce qu’ils entraînaient juste derrière le mur et j’ai eu l’air d’une folle. Un CRS m’a dit : « ça y est, elle a fini ? » et c’est tout. Quelques personnes en passant leur ont dit que ce n’était pas correct de faire ça, d’autres ont secoué la tête ou claqué de la langue en signe de désapprobation. La grande majorité sont résignés et ne s’attendent simplement à aucun soutien de leur part. On nous parle de Zone de Sécurité Prioritaire mais si les forces de l’ordre créent plus de danger que d’ordre, si la présence des forces de l’ordre fait que les incivilités deviennent de véritables situations d’insécurité, si pour dissuader les fraudeurs on nourrit la probabilité d’un drame. Quelle utilité publique ? Quelle irresponsabilité !

J’ai le numéro du commissariat central sur mon portable et à ma sortie du métro, j’ai appelé pour signaler le problème comme j’aurais fait pour une agression, un vol, une bagarre qui dégénère ou n’importe quelle situation me paraissant dangereuse. On m’a répondu d’écrire un courrier. J’ai dit oui, mais ça se passe là, maintenant, c’est maintenant que les gens courent un risque. On m’a répété qu’il fallait écrire un courrier car les forces de l’ordre sur place ne dépendent pas du commissariat du 18ème et qu’ils ne pouvaient rien faire. Donc ces types à qui je disais que la rue Dejean c’était dangereux, ils ne savent pas pourquoi c’est dangereux, ils ne connaissent pas Château-Rouge, ils connaissent le règlement. Ils n’ont pas cherché à comprendre, ils appliquaient des ordres. La force ou l’autorité ne feront que radicaliser les problèmes de la Goutte d’Or. Le dispositif de Zone de Sécurité Prioritaire prévoyait de s’appuyer sur l’expertise des habitants du quartier, acteurs culturels et économiques, médiateurs, tissu associatif… (http://www.mairie18.paris.fr/mairie18/jsp/site/Portal.jsp?page_id=950). Paroles, paroles, paroles. J’ai vu plus de flics, je n’ai pas constaté plus de concertation.

La RATP quand à elle est bien au courant des risques que comportent le métro Château- Rouge puisqu’il y a depuis des années des tractations avec la mairie pour construire une 2ème sortie sur cette station (voir le dernier magazine municipal). Je trouve normal que l’on soit contrôlé dans le métro, mais quel intérêt dans ces conditions là ? A part renforcer la mauvaise réputation du quartier, vraiment je ne vois pas. Il est pour moi inadmissible et meurtrier de laisser faire une chose pareille pour mettre quelques amendes ou mener une politique dissuasive. Peut-être qu’un petit accident de rien du tout accélèrerait la création de cette seconde sortie et ferait jurisprudence dans les recommandations de sécurité de la RATP. Un sacrifice, c’est primitif mais efficace non ?